La petite fabricante de gonds: chapitre 7

[Acceuil]

— Et si vous veniez quand même à fabriquer des gonds, mademoiselle, ils ressembleraient à quoi ?

Elle se trémoussa un court instant puis sortit de sa poche un petit carnet à couverture patinée et cornée par l’usure.

— C’est-à-dire qu’il existe toutes sortes de gonds, voyez-vous. Tenez, j’en ai dessiné quelques-uns, regardez.

Elle me tendit le petit carnet qu’elle avait ouvert à une page au hasard.

— Ça, par exemple, c’est un gond à vis. Mais il y a aussi des gonds à étrier, des gonds à souder, des gonds galvanisés. Ils peuvent être orthogonaux, réglables, ou bien sur platine, sur tige, à ressort ou à seller. Il existe des gonds pour portes, bien sûr, mais aussi pour portails, pour volets ou pour fenêtres. On les appelle aussi pivots, crapaudines ou charnières. Certains gonds sont à queue de carpe, à crocs, à vis, à collier, à col, certains sont pour scellement, d’autres pour penture. Vous voyez, des gonds, il en existe beaucoup de variétés et je n’en ai même pas encore fait le tour. Et puis il faudrait en inventer une nouvelle variété parce que les gonds à terrier, par exemple, ça n’existe pas.

— Ah, fis-je tout en feignant l’intérêt, et bien oui, forcément, les gonds à terrier, il faudra les inventer, et il faudra même inventer les portes à terrier, forcément.

— Oui, c’est ça, il faudra les inventer…

La jeune fille sans âge s’interrompit, demeura silencieuse de longues minutes, gribouilla quelques mots dans son petit carnet, puis reprit :

— Il faudra les inventer, oui, et les portes à terrier aussi il faudra les inventer.

Puis elle retourna dans un silence solennel, comme si, déjà, dans son esprit, elle travaillait à l’architecture de gonds universaux.

[Chapitre 8]

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