L’ADMIRABLE SILENCE D’UNE MERE: CHAPITRE 17

[Acceuil]

John Brown n’est pas homme à s’en laisser conter. La cinquantaine à peine, voilà plus de vingt ans qu’il gère la librairie de la Water Wynd située dans une courte rue perpendiculaire à la rivière Cart et opposée au quartier de l’abbaye clunisienne, centre névralgique de la ville. Sa devise : les bons comptes font les bons amis. Il n’en déroge pas, même pour les plus prestigieux de ses clients, surtout pour les plus prestigieux de ses clients, car ce sont eux qui, avant tous les autres, ont fait sa réputation de commerçant honnête et d’homme de confiance. Il ne leur est obligé de cette réputation que par la droiture morale de ses loyaux services à la bonne société de Paisley.

Avant de prendre ce fond de commerce de province, il a été relieur chez William Coke, libraire au port de Leith, près d’Edimbourg, à qui il commande maintenant ses ouvrages les plus rares. Nerveux et impatient, Coke lui a appris à ne pas tergiverser en affaires tout autant qu’en société. « La droiture n’est pas qu’une image », disait-il sans cesse. Une fois établi à Paisley, Brown a su promptement répondre à une communauté de tisserands et de marchants tous aussi avides de la chose écrite, les uns pour le contenu, les autres pour le contenant.

Si l’année a été bonne jusqu’à présent, l’été s’annonce tout aussi fructueux. Les événements qui se développent si rapidement de l’autre côté de la Manche éveillent ici un intérêt particulier plus que dans n’importe quelle autre ville d’Ecosse, ouvrages et journaux circulent rapidement et lui, Brown, relaye les attentes les plus fantasques. Il loue même l’arrière-boutique de sa librairie à une des loges franc-maçonnes du comté. Leur lien avec la France ne l’intéresse pas mais ils payent bien et il y voit défiler bon nombre de notables et potentiels clients.

La situation internationale a récemment précipité le pays à mobiliser ses citoyens en des cohortes de soldats volontaires, prêtes à s’engager pour défendre la couronne et le parlement en cas de troubles révolutionnaires. Mais si les villes comme Paisley insistent encore pour que s’établisse un corps de volontaires, c’est avant tout pour éviter que l’armée régulière ne vienne prendre résidence en leurs portes. Brown en est, bien sûr, et en mai, son éternelle goutte au nez et chapeau haut de forme mis en exergue, il a déjà eu l’occasion de montrer son soutient à la suspension de l’Habeas Corpus sur la place publique et de collaborer dans l’enquête sur les sociétés radicales. Sa loyauté est inébranlable, en affaire comme en politique.

En fin de journée, Brown a pour habitude de fermer les portes de sa chère librairie à double tour et d’aller se restaurer dans la taverne voisine avant de retourner dans le petit appartement qu’il occupe, au-dessus de sa boutique, bien vide maintenant qu’Irène, sa femme, est décédée. Chaque jour, il honore son épouse de toujours en ne rentrant jamais à la maison en état d’ébriété, il le faisait quand elle était en vie, il continue maintenant que ne vit plus que sa mémoire.

La taverne où il se restaure au quotidien est tenue par un certain William Campbell, un homme grassouillet au visage porcin qui porte encore des chapeaux à corne à l’ancienne, insensible qu’il est aux railleries de ses clients. Son établissement connait un regain d’activité en ce moment car ce sont entre ses murs épais que se retrouvent les volontaires de la milice locale pour échanger les nouvelles en provenance d’Europe. Campbell ne fait pas crédit. Sa clientèle s’en accommode parce qu’ainsi ils évitent de se frotter aux vauriens du quartier de l’abbaye, et, par la même occasion, d’éveiller tout soupçon par les temps qui courent.

Tout comme Brown, cela fait des années que Campbell fait pression sur les conseillés de la ville pour que s’établisse enfin un corps de police habilité à la surveillance des principaux axes urbains, tout spécialement à la tombée de la nuit, avant que les lampadaires soient allumés. La mobilisation de volontaires s’avère être une aubaine et les affaires n’ont jamais été aussi fleurissantes. Lui, contrairement à Brown, n’en est pas, il préférerait l’établissement d’une milice civile. On a vu comment une armée régulière pouvait facilement tomber dans les mains de n’importe quel tyran, et puis l’armée régulière s’octroie des droits qu’aucun volontaire n’oserait s’imaginer légitimes parce que leur propriété, c’est aussi leur gagne-pain.

Pour la première fois depuis bien longtemps, Campbell n’envie personne. La rue est propre et les commerces font profit, à gauche Brown, le libraire, à droite, Lawrence Wright, le marchand de tabac, à coté, l’établi de cordonnier d’Alexandre Campbell, son frère, et en face, l’établissement d’Alexandre Pattison, libraire et papetier de réputation qui tient commerce depuis la visite six ans en arrière d’un jeune poète qui venait de se faire publier à Kilmarnock et paradait son arrogant raffinement ainsi que ses bas soyeux dans tous les clubs de la ville.

Il est cinq heures lorsque Brown pousse la porte du tavernier qu’il salue discrètement. Campbell lui renvoi son salut en lui annonçant le plat du jour, potée au bœuf, et lui verse déjà une bière alors que Brown se tamponne le bout du nez de son mouchoir humide. Il s’installe sur un siège bancal dans l’embrasure d’une des fenêtres au verre épais et jauni qui laisse à peine entrer la lumière du jour dans la pièce encore si silencieuse qu’elle en est solennelle. Mais avant que Campbell ait le temps de lui amener son verre, Wright déboule dans l’établissement, puis, dans un salut chaleureux, s’invite à la table de Brown.

— Salut Goutte-au-Nez, tu ne vas quand même pas manger tout seul. Campbell, une bière et mon diner, lance-t-il au travers de la pièce.

— Salut Wright. Je t’en prie, assieds-toi, mais s’il te plait, parle moins fort, j’ai mal à la tête.

— T’as encore été à tes comptes toute la journée, hein ? Tu vas perdre la vue avant même de connaître ta fortune si tu continues.

De ses longues mains jaunies et incrustées d’un tabac encore frais et odorant, Wright s’empare de son verre et le vide d’un coup prétextant une grande soif après avoir passé trop de temps à sécher des feuilles tout juste livrées de Glasgow où l’import se fait de plus en plus rare mais la marchandise de meilleure qualité. Large d’épaules, le port droit et autoritaire, le grand Wright est d’une corpulence impressionnante, un atout dans leur corps de volontaires si ce n’est qu’il se promène avec des lacets aux pieds, une nouvelle mode qu’il croit prometteuse mais qui n’attire que moqueries et persiflages. Les deux acolytes sont rapidement rejoints par Pattison et John Robertson, marchand de tabac dans la rue arrière de la Water Wynd. Tous deux préfèrent fermer boutique légèrement après les autres pour profiter des potentiels clients qui trainent encore les rues à cette heure de la soirée. Ils sont toujours en retard sur les autres, mais ils savent se rattraper, ils ont la gorge plus sèche que la moyenne, disent-ils, et le toast facile.

La taverne est maintenant moins silencieuse et la sérénité rompue, on passe ses commandes à Campbell puis on déglutit avec ardeur la potée épaissie aux patates farineuses et aux navets piquants. Robertson ayant fini son assiette avant tout le monde, comme à son habitude, vide son verre en interpellant Brown :

— Dis, Goutte-au-Nez, comment ça se fait que les magistrats t’ont encore assigné au quartier du centre ville et que Pattison et moi on se tape une fois de plus le quartier de l’abbaye ?

— Je ne sais pas, par habitude peut-être, ça leur évite de penser.

— C’est leur rôle de penser, en tout cas de penser pour nous, sinon à quoi y servent ?

La tablée ricane et Pattison commande une tournée en ajoutant :

— Tu sais bien qu’ils ne veulent pas de la milice dans le quartier de l’abbaye. Robertson et moi on perd les clients de la nouvelle ville tous les jours avec ces histoires, et c’est simplement parce que les intérêts de la nouvelle ville sont défendus au conseil municipal par le biais des représentants de l’abbaye.

Un discret miaulement de chat se fait entendre à l’autre bout de la taverne. Campbell en a deux. Brown finit son assiette puis se tamponne le nez avec sa manche.

— Oh mais Pattison, t’as pas besoin des clients de la nouvelle ville toi, t’as des visiteurs d’Edimbourg et puis de Kilmarnock, hein ?

— Peut-être. Mais ceux-là viennent chez moi parce qu’ils savent que sans moi, leur flamboyance littéraire serait bien terne. D’une certaine façon, je leur fais leur réputation.

— C’est ça ou bien ça sent la débauche chez toi.

— Ah bon ? La débauche? Fais gaffe Brown, viendra un jour où je te ferais ravaler ta goutte au nez de paysan.

Campbell intervient en amenant une brassée de bière qu’il dépose entre les assiettes vides :

— Oh oh, les amis, on se calme, buvez un coup, et laissez ce pauvre Brown tranquille, on peut pas dire qu’il soit à la bonne ces temps-ci, déjà qu’on lui a cassé les vitres de son magasin l’autre jour.

— C’est vrai, et vous savez qui est-ce que je soupçonne ? C’est pas quelqu’un qui envi mon magasin, ça c’est sûr, moi je vous dis que c’est un de ces vauriens qui ne veut pas s’engager, un de l’abbaye probablement, j’y étais l’autre jour, Aitken est là pour en témoigner, je te les aurais mis en rang a coups de pied aux fesses moi. Des tas d’vauriens.

Alexandre Aitken, un relieur du quartier de l’abbaye, la trentaine à peine, acquiesce doucement du bonnet. Il se méfit quand Brown se met en colère, il préfère éviter d’être entraîné dans la mêlée. Alexandre Campbell, le cordonnier, répond à sa place :

— Faut dire que tu y vas un peu fort quand tu t’y mets, Brown, on peut pas forcer les gens à rentrer dans la milice comme ça, faut qu’ils y viennent de leur plein grés, sinon c’est plus une milice, c’est l’armée.

— Arch, une bande de vauriens, moi je vous l’dit.

— Allez Brown, calme-toi, t’as surement raison de toute manière.

Alexandre Campbell se repose sur le dossier de sa chaise, il se caresse le ventre, puis se tourne vers Robertson :

— Dis, Robertson, cette pipe que tu m’avais promis, elle est où ?

Robertson fouille dans les poches de sa redingote et en tire une petite pipe en terre grossièrement émaillée, déjà bourrée et prête à l’emploi. Il la passe à Campbell en s’excusant pour le retard et ce dernier la saisit de ses doigts épais et scarifiés, l’allume, puis se tourne de nouveau vers Brown.

— Me fume pas ça au visage Campbell, tu sais bien que je ne supporte pas l’odeur de tabac et puis j’ai mal à la tête.

— Allez, fait pas l’enfant, tiens, regarde, je partage de ce délicieux raffinement tout droit venu du nouveau monde, sens un peut ça, on y distingue le soleil, la moiteur, le ciel ouvert, tiens, sens un peu ça.

Le visage de Campbell est si près de celui de Brown que celui-ci doit se reculer pour que Campbell puisse prendre la bouffée suivante. Il sent le tabac, c’est sûr, mais il sent surtout la sueur imbibée dans la chemine de Campbell, l’odeur des peaux de bêtes qu’il travaille à longueur de journée, le sang même, Campbell est trop près, bien trop près, qu’est-ce qui lui prend de vouloir fumer sa pipe en plein visage du libraire. Et puis soudain une étincelle, boom, une explosion, de la fumée, beaucoup de fumée. Brown se tient le visage des deux mains en gémissant. Tout le monde s’arrête dans ses mouvements, comme si le temps était tout à coup suspendu, pas un bruit, juste les gémissements de Brown qui se tient toujours le visage. Le tavernier vient à son aide, il lui saisit les mains et essai de voir de quoi Brown se plaint avec tant de détresse. Il découvre un visage ensanglanté, des chaires à vif, un nez éclaté comme un navet piétiné par une horde de chevaux. Quelqu’un a bourré le foyer de cette pipe avec de la poudre à canon.

Pourquoi vouloir dévisager Brown ? A quoi tout ceci pouvait-il bien rimer ? De deux choses l’une : soit l’histoire de la pipe n’était qu’une anecdote sans importance, soit elle était le symptôme poignant d’un changement radical dans les relations sociales et démontrait l’émergence d’une politique populaire s’internationalisant. Loïc devait trancher. Et puis cette histoire montrait-elle aussi la nouveauté d’un corps proprement urbain dans la culture provinciale du pays auquel pouvait s’associer une tenue et une règle de conduite qui fixaient un type social, l’urbanité ?

Loïc observait la pluie battre et dévisager une campagne qu’aucun des passagers ne prenait la peine de remarquer. Les champs semblaient boueux, des petits marécages s’y formaient transformant le paysage en une masse verte ramollie et dégoulinante. Peut-être qu’elle avait inventé cette histoire de goute au nez, après tout, il n’en était pas question dans les dépositions des témoins, et puis quid des chapeaux à corne et des lacets. Peut-être que c’était là des détails qui ne servaient qu’à renforcer la caractérisation et inspirer un brin d’authenticité dans l’affaire, ils n’avaient aucun impacte sur le rapport du procès et aucune valeur en temps qu’évidence historique.

Elle retourna le fait divers sous tous les angles. Campbell était-il responsable ou un simple boute-en-train? Pattison était-il tombé sous l’influence de Campbell ou devait-il assumer sa culpabilité ? Brown était-il ce tenancier mesquin et renfermé ou un simple homme dans l’âge qui baignait aussi dans la tristesse ? Et puis le tanneur, avait-il été saoul jusqu’à l’aveuglement ou simplement docile ? Bien sûr, il y avait aussi les questions qu’un procurateur fiscal se serait posé. Les accusés étaient-ils membres d’un groupe politique ? Quel était leur lien avec les milieux financiers de la capitale ? Pattison et Brown servaient-ils la même clientèle d’aristocrates édimbourgeois en villégiature dans la province ? Y avait-il conflit d’intérêts ? Quel était leur rapport avec l’armée régulière, avaient-ils déjà été condamnés pour outrage, quelle était leur position économique dans la microsociété du centre ville, et leur rapport avec les soi-disant vauriens du quartier de l’abbaye ? Après tout, tout était possible.

Mais à quoi bon chercher une explication et une causation lorsqu’au bout du compte, après maintes interrogations, Loïc savait que son interprétation ne serait qu’une question de choix, son choix, le produit d’un tranchement, net. A quoi bon toutes ces interrogations lorsque le hasard prévaudrait ? Elle remarqua un journal coincé entre la table et le siège devant elle, sans doute la propriété délaissée d’un précédant voyageur cherchant à se distraire de la monotonie du paysage. Elle le déplia en essayant tant bien que mal de ne pas piétiner sur les platebandes invisibles qui délimitaient l’espace de voyage de sa voisine, encore toute à son magazine. La crise financière s’étendait et précipitait l’Europe dans les bas-fonds menaçants de l’histoire, « un autre 1929 ? », demandait un des éditorialistes. Pendant que les marchés s’écroulaient, mois après mois, Loïc accumulait des connaissances, des savoir-faire, des spécialismes. Son curriculum vitae était en ordre. Même si le monde se vidait petit à petit.

Lecture : Je note ceci, c’est une réflexion d’Althusser sur l’évolution du jeune Marx : « Toute science, dés qu’elle surgie dans l’histoire des théories, et s’est avérée science, fait apparaître sa propre préhistoire théorique, avec laquelle elle rompt, comme erronée, fausse, non vraie. C’est ainsi qu’elle la traite pratiquement : ce traitement est un moment de son histoire ». Et puis aussi ceci, c’est une réflexion de Koselleck sur le temps : différentes choses sont associées à différents temps. Par exemple, le cycle des vacances publiques a une trajectoire de vie différente des heures de travail quotidiennes. Différents corps sont aussi associés à différents temps. Le cycle d’un enfant est rapide (les choses sont compressées dans un temps court), et puis le temps lentement décélère dans l’âge adulte. La soi-disant dépravation (celle qui est relayée, par exemple, par des paniques morales) a un cycle de vie bien plus rapide que la vie morale qui est, elle, acquise dans la patience. Comment le temps est-il distribué? Et puis Zižek sur la névrose obsessionnelle: il existe une écriture du corps où les mots ont une mémoire, où les mots répètent un passé. Il y a une répétition dans et de l’écriture. On ne se souvient pas du passé, on le répète. Dans ce sens, nous sommes marqués d’une névrose obsessionnelle généralisée empreinte d’un temps a-historique. A cet effet, on répète pour que le passé ne se passe pas (le devoir de mémoire, lest we forget, etc.). Une peur de la prématurité du présent, de la présence, du corps. C’est, comme il l’exprime, un désir de modification rétroactive du passé, une origine sans doute (la peur du négationnisme doit être rationalisée en devenant, par la loi, un fait d’état). Toutes ces lectures sont si décousues, comment arriver à donner un sens à l’histoire lorsque tout est possible ?

Elle aurait du passer la soirée à mettre ses notes au clair, à les analyser et à en tirer au moins quelques paragraphes d’écriture. Mais au lieu de cela, elle avait besoin de lecture. Un roman. C’était ça. Elle n’avait pas lu de roman depuis plus de deux ans. Comment était-ce possible ? Il lui fallait retrouver un sens, n’importe quel sens. Elle était si lasse, si molle, si insensible à sa propre vie, celle-ci lui semblait en exile, étrangère à elle-même, elle avait fini par la perdre de vue. Elle flottait d’archives en librairies et de librairies en archives, retournait dans une tanière où elle ne se retrouvait pas, puis partait chasser à nouveau. Peu importait qu’elle revint avec des proies juteuses, elle n’avait personne à nourrir.

Lecture : L’historique est fluide, écrit, visible. L’a-historique est rythmique, parlé, invisible. Le corps devient à son tour une métaphore de la possibilité d’une médiation entre l’historique et l’a-historique.

Loïc finit par reprendre sa parka et ressortir. Sortir, l’extérieur, elle en avait assez de son introspection dans la lecture. Et puis à quoi bon les romans quand on pouvait sortir, quand l’extérieur existait. Dans la rue, elle se laissa guider par ses pas mous, le coup lâche, les épaules glissantes. Ses yeux ne se posaient pas sur les choses et ses oreilles ne construisaient pas d’événements extérieurs. Moteurs, trompettes, grelots, papier chiffonné, murmures, tout ça s’élevait, vrai ou non, puis le silence, vrai ou non, grognements et bâillements. Et puis papier, plastique – Interruption – Urbanité, Civilité. Un souffle interrompu par le brouhaha. Klaxons, chuchotements. Le monde n’avait pas besoin d’exister à l’extérieur de ses sens.

18 septembre 20– : Il n’y a ni but, ni fin, ni origine. On passe son temps à espérer que le temps passe, et puis plus tard, on devient nostalgique du temps passé. Comment vivre par-delà ces histoires qu’on lit et qu’on écrit.

Elle s’arrêta sur les marches de l’hôtel de Blythwood Square. Rien que des pistons qui s’agitaient, se mettaient en branle, frémissaient, hoquetaient, lisses, graves. Lointains, et maintenant si proches qu’ils en devenaient menaçants, ils glissaient d’une façon préméditée, un crime contre l’inattendu. Ce rayon de soleil n’existait qu’en temps qu’il était dévié par deux colonnes et une porte en bois noire. Il y avait lumière et la lumière. À ce moment, épuisement, tout fut sombre.

[Chapitre 18]

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