L’admirable silence d’une mere: chapitre 7

Elle entendait ça et là des salutations, des remercîments, des invitations, des politesses, des rires étouffés ou francs de collier, elle entendait ce bourdonnement lointain, à la fois sourd murmure aux lancinants airs de circonstance et sonores discordances aux éclats cristallins, comme on ajusterait la tonalité en début de concert, juste avant l’ouverture d’une œuvre majeure.

Décidément, elle avait une véritable aversion pour ce genre d’événement. Elle ne s’y reconnaissait pas. Non pas qu’elle fût insensible ou incapable de reconnaissante, mais parce qu’elle ne pouvait s’empêcher de voir cette danse depuis l’extérieur, tout comme elle pouvait parfois être témoin de la vie des autres lorsque, le long de ses promenades hivernales, elle devinait l’intérieur des foyers par l’entremise de fenêtres sur cour. Bien loin d’être voyeuse puisqu’on s’évertuait à s’exhiber.

— J’attends ton papier avec impatience, Loïc, j’ai besoin d’un rapport sur tes dernières recherches, fit une voie discrète et chaleureuse dans son dos.

Elle n’était pas seule, pas entièrement. Se retournant, elle salua son directeur, sagement installé, bloc-notes et stylo prêts à l’emploi, chemise blanche sans cravate, les yeux cernés par des nuits d’étude qu’aucun lendemain n’eut pu annoncer comme soulagement.

— Je ne suis pas sûre de pouvoir répondre à votre attente, mon texte est trop imparfait et pourtant je l’ai travaillé soigneusement, enfin j’ai essayé. Mais bon, ajouta-t-elle en secouant les épaules par dépit, on verra.

— Un papier n’est jamais vraiment fini, c’est un travail en cours.

— Oui, mais c’est un peu plus sérieux que ça, je ne suis pas sûre que mes idées soient défendables, enfin, je veux dire, je ne suis pas sûre d’être d’accord avec moi-même sur ce qui vaut la peine d’être défendu.

— Ça, ce n’est pas à toi de le décider.

— Et puis je ne suis pas sûre de ne pas avoir fait d’erreurs de lecture dans la partie historiographique de ma démonstration.

— Le tout est d’être convaincante, même dans tes erreurs.

— Hm. Question de rhétorique?

— Oui et non. Allez, bonne chance.

Loïc fit de nouveau face à l’amphithéâtre. Un jeune thésard, nerveux, impatient, avait pris les devants de l’estrade pour accueillir les participants, porter leur attention aux altérations de programme comme on porterait l’attention d’un fin gourmet à un changement de menu contrariant au palet. Puis il passa en revue les consignes d’évacuation du bâtiment en cas d’urgence, contribuant ainsi à diffuser une inquiétude feinte et passagère par le biais de l’apaisement. Un des professeurs remplaça enfin le jeune thésard sur l’estrade, ce dernier retournant discrètement sur son strapontin, étouffant à peine l’embarras de son rôle subsidiaire.

S’étant levé à son tour, barbe en bataille, lunettes aux épaisses montures argentées harmonieusement assorties à son cheveux court et parsemé, le professeur prit place au centre de la scène. Il s’employa à convaincre chaque conférencier déjà convaincu de l’importante opportunité qu’offrait ce savant événement, pourquoi, pour qui et comment. On put enfin entamer la journée de travail.

Perdue dans le monologue du fouillis de ses notes, Loïc convint que la plupart des papiers présentés durant la matinée avait mis en scène des dialectiques en guise d’explication historique, la construction d’un avant en continuité ou en contraste avec un après, suivant des schémas d’affiliation ou d’opposition, identifiant des chantiers relationnels comme fabrication de liens historiques, un flux disjoint entre centre et structure. Les conclusions avaient été tirées d’avance : là où on avait jusqu’à présent décelé une continuité, on pouvait dorénavant déceler un changement, et là où on avait jusqu’à présent décelé un changement, on pouvait dorénavant déceler une continuité.

Comme Loïc, tout le monde savait que là n’était pas la question (celle-là était l’affaire des philosophes et non pas des historiens). Et pourtant chacun se disait stimulé par la fraîcheur des scenarios argumentatifs dans lesquels s’étaient déployés des vérités dont il avait également la conviction.

Les papiers s’étant succédés au rythme de la rentabilité, la pause-café s’imposa, importune. Pourquoi vouloir interrompre les débats alors que rien n’avait été dit, que tout était à construire, à défaire et à refaire ? Lorsque la congrégation s’éclipsa comme un homme à l’appel des rafraîchissements, Loïc resta dans l’amphithéâtre pour relire ses notes. Et puis enfin les discussions reprirent.

Pour tout dire, elle appelait ces papiers « discussions » parce que les intervenants éveillaient toutes sortes de réflexions latérales, comme disaient les malheureux qui croyaient encore que la pensée était une action fixe et centrale. Mais à quoi rimait tout cela ? Comment et pourquoi générer des idées, des questionnements, des dialogues intérieurs si justes, importants ou désintéressés fussent-ils sans vouloir jamais répondre à la question qui articulait d’avance toutes ces idées, ces questionnements, et ces dialogues intérieurs ? Pourquoi s’obstiner à refuser de dire « non », pourquoi continuer à cacher ce qui sautait aux yeux de tous ? Par quelle peur, par quel déni se soustraire à l’évidence ? Pourquoi cette dissimilation?

Peut-être ne comprenait-elle pas vraiment ce qui se passait sous ses yeux, peut-être ne voyait-elle pas que, ce qui apparaissait comme une question de fond, ne pouvait être posée qu’en surface et que là était aussi le rôle subversif de l’histoire sur les questions d’ordre philosophiques ? Peut-être qu’elle manquait entièrement de clairvoyance au regard du spectacle qui se jouait devant elle ? Peut-être que les termes du dialogue lui étaient si étrangers que ses oreilles ne pouvaient en tirer aucun sens, comme une langue étrangère si lointaine qu’elle semblait une apparition?

Des dialogues fusaient en elle qui se passaient hors les murs. Un mélange d’imagination et de concepts hésitants à peine saisis ou digérés l’attirait déjà dans une errance buissonnière. Après quelques papiers de plus, elle ne parvint plus à lutter, passant d’une bribe de souvenir de lecture à une autre sans y trouver de connections pertinentes, sans ordre de réflexion ou de finalité, raccrochant sa désorientation au wagon des débats alors que le train des idées s’éloignait déjà et qu’aucun autre voyageur n’était laissé pour compte sur le quai sauf elle, seule, tourbillonnante comme une amarante aux vents contraires.

Si c’était vraiment ça la nature rhizomique de la pensée, alors pourquoi être ici à s’entêter de produire une valeur fixe, ce que l’exercice de la théorie historique lui commandait de faire, et continuer à prétendre que seul le travail historique le plus serré, le plus érudit et le plus talentueux viendrait à bout des flâneries fallacieuses de l’imagination et des erreurs disciplinaires ? Pour ce faire, il aurait fallu que Loïc fût capable de s’extraire de son être, qu’elle pût s’assoir là, sur le siège en cuire vert replié à côté d’elle, ou là-bas, sur le banc de bois semi-circulaire qui tapissait le fond de l’amphithéâtre, qu’elle fût aussi ici, derrière la chemise blanche sans cravate et les yeux cernés de son directeur ou derrière la barbe grisonnante de cet autre professeur.

Peu importait tous ses efforts, elle restait assise là, exactement au même endroit, incapable de secouer ce mélange d’imagination et de concepts à moitié compris hors d’elle. C’étaient lui qui commandait. Un seul gribouillis porté sur son bloc-notes s’obstinait avec malveillance sous son regard las, Knowledge is not power, knowledge is impotence. Seul le groupe de thésards semblait encore avoir la force de dénoncer cette foire aux postures savantes alors que bientôt ils les adopteraient avec aigreur comme autant d’anathèmes de leur condition universitaire. Chacun le saurait bien que tous feindraient de ne pas le savoir. Comment garder son intégrité (oui, à cette époque-là Loïc en était encore à la question du comment)?

Les délégués rompirent enfin les rangs pour aller badiner autour du buffet-déjeuner, se félicitant les uns les autres d’une matinée fructueuse et inspirée, surprenante à bien des égards quoique sans appel à plus de commentaires que ça. Loïc avait besoin d’air frais et de lumière, l’odeur du cuire mélangé à celle de la cire d’abeille imprégnée dans l’épaisseur des boiseries lui pesait, celle de nourriture réfrigérée l’amènerait à l’écœurement.

Elle sortie discrètement du bâtiment pour faire quelques pas dans le parc. Personne ne remarquerait son absence étant donné que si peu avait remarqué sa présence. L’air était frais et revigorant, comme celui du Meaulnes en plein avril, à cette exception près qu’il était aussi humide. Encore humide.

Elle sentit une énergie nouvelle s’emparer de ses membres alors qu’elle se mit en marche d’un pas rapide, s’enfilant dans les étroits chemins sinueux qui servaient de grands axes imaginaires à ces enfants aux commandes de leur rutilant tricycle, tourmenteurs assidus de la population indigène d’écureuils gris. Petit à petit, elle s’éveillait de sa torpeur, bâtissait pièce par pièce une nouvelle aurore à cette journée au cœur de laquelle non pas son travail mais son être entier devait reprendre vie. La seule chose qu’elle ressentait à présent était la chaleur de son corps repoussant la fraîcheur externe, elle n’était plus qu’une force calorifique.

De retour dans l’amphithéâtre, Loïc prit place sur l’estrade, de l’autre côté de la longue table de conférence. Un mélange de nervosité et d’inhibition s’était emparé d’elle dés son retour du parc, comme un jouc puissant dont elle aurait senti le poids de l’attelage lui presser la nuque, un prédateur spectral auquel elle aurait offert une gorge blanche. Elle n’avait qu’une chose à faire : présenter les notes de son papier et puis attendre les réactions. Ensuite, elle verrait.

Lever le regard au plafond ou le baisser, ignorer l’entre-deux criblé de farouches bêtes à l’affût et dont aucune ne voudrait ni son salut ni sa délivrance. Ceci aurait dû être facile mais tout s’emballa sitôt que la parole lui fut donnée après les présentations d’usages. L’idée centrale de sa démonstration était pourtant simple.

A supposer que généalogie et chronologie suivaient la même ligne de temporalité bien que dans des directions opposées, elles se produisaient réciproquement et étaient pourtant différence pure. Ceci ne résolvait pas la question de l’abject dont l’histoire avait tant de peine à comprendre, lui qui, par définition, vivait dans une temporalité autre. Lorsque, par exemple, à l’endroit où les femmes étaient construites comme extériorité par rapport aux hommes, il ne s’agissait pas tant d’une question de structure, fût-elle sociale, mais bien d’une question de temporalité. Il était indéniable que les femmes savaient avoir une temporalité autre que celle de la généalogie ou d’une chronologie, telle qu’une temporalité cyclique basée sur leurs règles. Leur temporalité pouvait être produite comme extériorité, c’est-à-dire différente de la construction d’une généalogie ou chronologie, toutes deux basées respectivement sur la reproduction et l’éducation des enfants. Cette temporalité-là impliquait une expérience du temps limitée à une sphère d’activité assignée et à l’appréhension d’une temporalité cyclique comme extériorité, comme étrangère, où le corps était autre, déplacé, abstrait. Au lieu de celle-ci, la temporalité basée sur la reproduction, l’hérédité, l’affiliation, était devenue centrale. Quelle conclusion ? La pratique de l’histoire dépendait d’une praxis et non pas d’une ontologie. Toute praxis nécessitait un corps, hors l’ordre des corps n’était pas nécessairement l’ordre de l’histoire. La temporalité du cycle était, par définition, atemporelle, elle était de l’ordre de la répétition et non pas de l’ordre du changement. Si l’histoire dépendait d’une praxis, elle ne pouvait être ni généalogique ni cyclique, tout du moins, elle ne pouvait pas l’être pour elle, Loïc, en temps qu’historienne sans qu’elle ne put crier à l’imposture. Quelle attitude adopter devant un problème comme celui-ci ? Que faire, que faire, que faire ?

Là était la question à laquelle Loïc voulait à tout prix que son auditoire répondît, c’était pour cette question-là exactement qu’elle se trouvait sur cette estrade, c’était pour un début de réponse qu’elle acceptait de porter ce poids indéfinissable qui languissait dans le plus profond creux de sa nuque.

Une fois son papier terminé, la mollesse d’âme éclipsa précipitamment la mollesse de corps tout d’abord imposée par la détente postopératoire. Elle jeta un œil confus sur son auditoire et ne vit que lourdeur, brume informe et impressions floues. Elle attendait encore alors que les secondes s’allongeaient en de lascives coupe-souffle. Aucune réaction, la mécanique semblait enrayée, comme si l’espace était soudainement devenue trop grand pour porter les voix atones. Tout au plus l’amphithéâtre amorphe émit le bourdonnement d’une somnolence vaguement dérangée, le léger bruissement de feuillets restés vierges. Il lui renvoya des regards avachis plus que penseurs interrompus par des battements de paupières mous passant en revue de prospectives pages de notes.

Ce malaise généralisé à peine dissimulé sous un semblant de digestion difficile fut une maigre consolation pour Loïc. Un silence embarrassé était la seule chose qu’elle partageait encore avec son auditoire. Elle n’osait bouger, esquissant un sourire à peine visible dans un effort à peine dissimulé. Garder un visage ouvert, sans forcer le regard, là, comme ça, prétendre au détachement.

Devant elle, cette masse informe qu’elle tâchait de garder imprécise. Et ces odeurs de nourriture qui persistaient encore dans le couloir et s’étaient immiscées dans l’hémicycle. Celle des sandwichs à l’œuf-mayonnaise qui dominaient. Dans combien d’estomacs paresseux baignaient-ils en ce moment-même ? Sa mère détestait la mayonnaise, rien qu’au mot elle grimaçait en tirant la langue de dégoût, « trop lourd, sa seule digestion empêche tout le reste de l’organisme de fonctionner normalement », disait-elle. Elle avait raison, soit on digérait une mayonnaise, soit on réfléchissait, on ne pouvait pas accomplir les deux à la fois.

Que faire ? Forcer les réactions serait arrogant, prendre ses jambes à son coup n’était définitivement pas une option, feindre l’évanouissement non plus, l’immolation encore moins bien que Loïc sourit à cette idée, étant donné son embarras, une incandescence spontanée n’était pas à exclure. Le président de session, un jeune homme sec et austère, crut opportun de répondre à ce sourire en finissant par lui demander d’expliquer, pour le bénéfice de l’auditoire au complet, la validité de ses sources, à n’en point douter un intérêt partagé par tous. Autant dire qu’il ne savait comment présider cette contribution et devait bouillir d’une colère intérieure contre un iconoclasme qu’il jugeait probablement au mieux philistin, au pire imbécile.

De toute évidence, l’auditoire n’aurait ni patience, ni unanimité envers ce que Loïc aurait pu expliquer si ce n’était l’accord général sur l’immodeste et insultante perte de temps qu’elle leur imposait. Depuis les gradins, son directeur la toisait. Il attendait une réaction qui la pousserait hors des rouages de son exposé et dans les retranchements de ses dispositions d’historienne qu’il croyait fermement être réelles, une croyance à laquelle Loïc refusait de consentir. Mais rien ne se passa. Rien. La session fut ajournée en avance sur le programme. Loïc reprit sa place dans les gradins. Elle ne rejoignit pas le reste de la congrégation dans leur retraite le long des écritoires de Johanna.

Etourdie, à l’orée de l’épuisement, son informité ne parvint à prendre une part active dans les débats modelés les thèmes des sessions suivantes. Sa promenade de midi l’avait privé de déjeuné et elle avait du mal à rester éveillée, mastiquant chewing-gum après chewing-gum, seule aide méritoire qu’elle connut contre le somnolent affalement de l’esprit. Des extraits de son papier tournaient en boucle dans sa tête, elle essayait d’identifier là où elle avait failli, là où son exposé avait déraillé, là où sa démonstration avait coincé. Mais rien n’y fit, elle finissait toujours et encore inondée par la torpeur hostile qui avait suivit. Elle ne pouvait se l’expliquer.

La conclusion des débats, enfin, les conférenciers prenaient pour la dernière fois de la journée le chemin de la salle de réception où un apéritif de clôture leur avait été promis. Alors que l’amphithéâtre se vidait aux bruits des pas trainants, Loïc restait assise, rien ne la pressait. Son directeur de thèse s’approcha avec aplomb.

— De bonnes contributions aujourd’hui, hm ?

— Oui, très bonne qualité.

— Pas toutes, certes.

Lui aussi jugeait probablement son papier. Il était devenu plus hésitant dans son langage corporel. Il allait dire des choses déplaisantes. Mais était-ce encore nécessaire ? N’était-on jamais déjà bien assez puni par soi-même ?

Il s’était assis à ses côtés, avait croisé les mains sur l’écritoire et essayé d’éviter son regard. Loïc reconnaissait ce silence, c’était celui qui l’avait frappé à la suite de son exposé. C’était aussi celui qui, âgée de dix ans, l’avait frappé à la suite de l’annonce d’un zéro pointé en dictée à sa mère. Même pas bonne pour l’usine. « Bien écrire, c’est comme porter des souliers bien vernis, c’est une question de dignité ». Plus tard, elle l’avait vu pleurer. Elle ne savait toujours pas quoi faire de ce silence. Même pas bonne pour l’usine.

— Bon, Loïc, laisse-moi juste te poser cette question. Qu’elle était exactement le but de ton exposé ?

La question ne la surpris pas bien que sa brutalité la prit au dépourvu. Elle était sur la défensive. Elle savait pertinemment que son papier avait été un échec, elle devait maintenant expliquer cet échec sans mettre son inaptitude en évidence.

— Je voulais présenter le genre de problèmes auxquels je fais actuellement face dans le développement de ma thèse, des problèmes d’ordre fondamentalement historiographique.

— Faux, lâcha-t-il d’un ton sec. Si là était ton intention, alors tu n’as pas compris quel était le but de ta participation à cette conférence. Mais étant donné que tu en as accepté l’invitation, nous sommes en droit de penser que tu en connais également les conditions. Ce n’est pas pour ce genre d’intervention que des événements comme ceux-ci sont organisés à grande peine et à grand coût pour la faculté. Tu es là pour apporter des solutions, pas pour déballer des états d’âmes ou exposer des problèmes de recherche. Ton rôle de spécialiste est de tirer des conclusions viables, un point c’est tout. Que tu sois confrontée à des problèmes insolubles, soit, tout le monde l’est, mais exposer cet aspect de ton processus de recherche n’intéresse personne. Nous faisons tous face à ces problèmes mais notre rôle ne se résume pas à cette confrontation. On doit en sortir vainqueur ou se taire. Cela s’appelle éditer son travail. Et puis d’où vient tout ce jargon, à quoi sert-il ? Si tu fais face à des problèmes difficiles, et ton papier en a démontré l’ampleur, pourquoi noyer le poisson dans un jargon obscure et confus? C’est inutile, inefficace, et, disons le franchement, pompeux.

Ses mains ne se décroisaient que pour ajuster les lourdes lunettes perchées sur l’arête sévère de son nez. Loïc ne bougeait pas.

— Mais je fais face à des difficultés que j’ai également de la peine à communiquer exactement pour la simple et bonne raison que ce sont de véritables difficultés, c’est-à-dire des objets de questionnement sur lesquels je n’ai ni solution ni conclusion à tirer, ce sont des difficultés qui, d’une certaine façon, sont viscérales. N’est-ce pas là aussi le sujet de ma thèse, la problématique du corps en temps que problématique du langage ? J’essaie de trouver comment exprimer des problèmes viscéraux, autrement dit j’essaie de faire passer ceux-ci dans l’espace de la représentation. C’est cette lutte que j’ai tenté d’exprimer aujourd’hui.

Dans un grincement de siège bien plus bruyant qu’il ne l’était véritablement, son directeur se tourna d’un mouvement hésitant. Il lui faisait maintenant face. Il décroisa les mains pour rajuster ses lunettes, puis les croisa de nouveau. Il allait jouer un rôle que, de toute évidence, il ne pouvait souffrir mais que sa position ne lui permettait pas d’esquiver.

— Ecoute Loïc, permets-moi d’être clair et ceci dans ton intérêt. Ce que j’ai à dire va peut-être manquer de délicatesse mais tant pis. Tu te dois d’utiliser ce genre d’événements pour préparer ton avenir universitaire. Si les gens ne te comprennent pas, il y a fort à parier qu’ils ne voudront pas t’intégrer dans leur équipe, t’embaucher ou te délivrer des bourses de recherche. N’oublis pas qu’il y avait ici aujourd’hui des gens qui recommandent le conseil de recherche tout autant que les éditeurs de journaux de recherche. En gros, ceux qui te permettront d’acquérir des bons points en chemin pour que tu sortes de ta thèse avec les meilleures options en main. C’est aussi simple que cela.

— Mais j’écris une thèse, pas un CV. Mon devoir, si j’en crois mon contrat, est de formuler et de développer une contribution originale aux champs des connaissances actuelles sur mon sujet. Pour penser différemment, je dois aussi être différente et cela passe par une différence de langage, non ?

— Loïc, tout le monde est différent. Tu veux être différente par rapport à qui ? Par rapport à quoi ? Etre différente n’est pas un devoir, c’est un impératif. Et c’est aussi en ça que tout le monde est identique. Il doit donc exister un langage commun que tu te dois d’utiliser. Il est là ton devoir. Par ailleurs, c’est aussi une question de courtoisie. Tu te dois d’exprimer le même, ce que tout le monde sait et ressent tout en croyant se savoir et se sentir différent, unique. Loïc, c’est ça ton devoir, c’est là que tu seras originale, c’est dans le travail de l’identique.

— Je ne comprends plus rien. Écrire sur la difficulté de chacun face à l’impératif d’être différent ? Mais ce n’est pas être originale, c’est renoncer !

— Loïc, le travail de chercheur n’est pas de nourrir un nihilisme irresponsable. Son devoir est de pallier, oui, pallier, aux malaises qui nous habitent, ces malaises existentielles, économiques ou je ne sais quoi d’autre. C’est d’apporter des solutions qui soient déterminantes. C’est pour ça qu’on dispose de l’argent du contribuable et non pas pour le pousser au suicide. Tu es responsable de l’avenir et du bien être de tes concitoyens et au-delà. Cet avenir et ce bien-être passent par une connaissance palpable et c’est exactement cela qu’on te demande de produire.

— Même si c’est un mensonge ?

— Si tu ne peux trouver la vérité, Loïc, inventes-la, mais fais en sorte qu’elle soit responsable.

— Alors j’ai une question avant que les toasts d’honneur soient consacrés dans la pièce voisine: doit-on se féliciter de vouloir ainsi remplacer le nihilisme par un cynisme consacré ?

— D’une certaine façon, c’est au conseil de recherche de décider de cela et c’est aussi la raison pour laquelle il est recommandé par un comité d’éthique. Je suis désolé d’être aussi abrupte mais il faut que tu comprennes dés à présent qu’elles sont les limites de ton rôle.

Prof. C. se leva de son siège, le visage confondu d’une modestie lâche et d’un soulagement vieilli, fatigué par des années d’une mesquinerie intellectuelle qu’il détestait plus que tout et pour laquelle il n’avait jamais souscrit de bon cœur. Un visage hanté par le regret.

— A présent, viens prendre un verre Loïc, tu en as grand besoin. Et moi aussi.

Loïc rassembla ses affaires et ses esprits. Elle savait qu’il était l’heure pour elle de ravaler sa critique et de faire face au désintérêt.

Sitôt qu’elle pénétra dans la salle de réception, l’odeur des effluves de vin aigre l’aiguillonna hors de l’engourdissement de cet entretien tendu. Les membres de chaque groupe étaient déjà docilement établis en grappes irrégulières : les thésards ici, les chercheurs là, les enseignants là-bas et le groupe des professeurs, bientôt rejoint par son directeur, en retrait, près des bouteilles déjà ouvertes et des plats d’amuse-gueules.

Loïc s’approcha de l’écritoire-table-de-banquet couvert de verres à pied et de plats bigarrés. Johanna toujours fidèle au poste, une âme accueillante dans cet océan d’hostilité. Loïc lui sourit. Elle hésita sur sa commande. Vin rouge ou vin blanc ? Elle craignait que sa fatigue rendît l’alcool inopportun, le vin mauvais, la perte du sens d’elle-même.

Dans ces occasions, les vins blancs étaient toujours trop sucrés et les vins rouges toujours trop amères. Sucré ou amère, que choisir ? Si seulement elle avait véritablement eu le choix, elle aurait demandé une bière, même chaude. Quoique. L’alcool, n’importe quel alcool, ne la tentait décidément pas. Peu importait son choix, elle le regretterait de toutes les manières.

Alors qu’elle se balançait sur un pied, puis sur l’autre, passait d’une bouteille à l’autre dans son esprit tout en considérant les options non-alcoolisées, une déléguée lui brûla la politesse et, s’adressant directement à Johanna, commanda un deuxième verre de vin rouge sans plus d’obligeance. Loïc toisa du regard une jeune femme à présent trop occupée à sélectionner de l’œil les petits-fours huileux pour avoir ne serait-ce que le souci de la remarquer. Devant cet étalement de nourriture de circonstance, ses mouvements brusques ressemblaient à ceux d’un rongeur face à une aubaine gigantesque, peut-être comme un de ces écureuils gris qui peuplaient le parc mettrait la patte sur une barquette de frites abandonnée sur le tarmac.

Loïc n’aurait eu aucune peine à s’adresser à Johanna par-dessus la tête de l’impertinente étant donné sa petite taille, mais elle choisit de marquer son irritation en restant muette et en l’observant avec insistance. Qui plus était, elle ne savait toujours pas vers quel choix orienter son dégoût à venir.

La chevelure rousse en désordre et le teint blafard, la femme-rongeur devait avoir plus ou moins le même âge que Loïc. Elle portait un sweatshirt bleu délavé à capuche et des jeans aux ourlets tachés de boue urbaine séchée « à la Glaswegienne » où les pantalons à bonne mesure étaient toujours trop longs, une erreur de jugement cardinale dans une ville si détrempée. Une thésarde, pensa Loïc. La femme-rongeur saisit une serviette en papier du bout de ses courts doigts potelés et maculés d’encre, elle y déposa deux petits toasts sans croûte, l’un à l’œuf-mayonnaise, l’autre au cheddar-râpé-mayonnaise.

Loïc commanda un jus d’orange tout en essayant maintenant d’ignorer l’impertinente, mais celle-ci crut bon de s’emmêler et de gloser son choix.

— Quoi ? Un jus de fruit alors que le vin est à volonté ?

— Il y a parfois des choix qui n’en sont pas, répondit Loïc avec un sourire forcé.

— C’est vrai, la qualité du vin est plus qu’approximative, il vaudrait peut-être mieux s’abstenir, mais quand le vin est tiré…

La femme-rongeur disposa un troisième petit toast au concombre-mayonnaise sur sa serviette tout en continuant à fureter goulument les plateaux garnis.

— Le problème avec ce genre de buffet, c’est que tous les carnivores se goinfrent avec les canapés végétariens puis se rabattent sur les canapés à la viande. Si on ne se dépêche pas, on se retrouve le bec dans l’eau.

— Hm, je vois. Je ne fais jamais attention aux canapés, je n’aime pas la mayonnaise, et puis je préfère un vrai repas aux amuse-gueules, surtout aux minis rouleaux de printemps et autres pakoras.

— Au moins vous n’avez pas à vous poser la question de savoir à quel goût vous voulez votre mayonnaise. Végétarienne également ?

La femme-rongeur essayait à présent de soulever sa serviette en passant une main précautionneuse sous trois petits toasts précairement disposés en triangle. Sans grande agilité, elle y parvint tant bien que mal et se tourna enfin pour faire face à Loïc. Son badge l’appelait Raymonde.

— Je m’appelle Ray, thésarde, deuxième année.

— Enchantée. Loïc, première année.

— Oui, j’ai entendu ton papier, je peux dire tu ?

— Bien sûr. Je sais, pas mirobolant, mon papier.

— Pour tout dire, je n’ai pas compris grand-chose mais tout ce que je sais c’est que, un, tu n’as pas parlé de lutte des classes, deux, ce que tu as à dire est assez significatif pour m’avoir fait ressentir quelque chose qui s’apparente au doute.

— Ah, milles excuses alors, c’est bien là la faiblesse de mon exposé.

— Pourquoi ?

— Parce que je n’ai rien à gagner à faire douter ceux qui pourraient m’aider dans la résolution de ma problématique.

— D’une certaine façon ce genre d’événement n’est pas important si on cherche de l’aide. On vient avec une question en tête, du genre : l’important pour moi, est-ce la finalité de ma recherche ou le chemin tortueux qui peut-être mènera à son aboutissement ? Et puis on se présente à l’auditoire avec une réponse toute faite. Ce genre d’événements pousse à un débat intérieur. Question finalité, il n’y a rien de moins sûr, peut-être n’arriveras-tu jamais à tes fins, et alors quoi ?, peu importe, ta thèse finira dans la collection des thèses soutenues dans ton université, avec toutes les autres, après ta soutenance plus personne ne s’y penchera, même pas toi. Alors que le chemin tortueux sur lequel tu te déplaces chaque jour est ta réalité. Il y a là un choix à faire : finalité ou réalité ?

Sur-ce, Ray avala d’une bouchée son toast au concombre-mayonnaise avant de se rincer le gosier d’une avide gorgée de vin rouge. Voilà d’étranges façons. Elle avait à la fois une manière posée et délicate de parler, et en même temps une manière rustique et abrupte de manger, comme si elle avait été élevée dans une famille distinguée mais essayait toujours, malgré son âge, de se rebeller contre le raffinement bourgeois de ses parents en traitant la nourriture sans autres considération.

— Est-ce qu’il y a un véritable choix à faire ? demanda Loïc

— Oui. Tu te dois de délibérer, c’est une question d’attitude. En fait, la vérité elle-même est une question d’attitude.

— Mais délibérer sur ce qu’on fait, c’est dicter une finalité à nos actes ?

— C’est bien pour ça que c’est l’acte de délibération qui compte. Fais-le avec style.

Second canapé, large lampée de vin. Ce qu’elle disait n’avait aucun sens.

— Pardonne-moi mais j’ai du mal à suivre… un peu fatiguée.

— Non, pas assez d’alcool.

Troisième et dernier canapé, liquidation du verre de vin d’une traite. Ray commanda poliment à Johanna de lui remplir son gobelet, cette dernière s’exécuta sur le champ.

— Ce que tu me dis là, répondit Loïc en considérant Johanna du coin de l’œil avec embarras, c’est que penser à des fins ou à des buts, en d’autres termes penser à une finalité, c’est avant tout s’imposer une limite, indépendamment du monde extérieur ou de ce qu’il dicte ?

— Je le crois oui, et c’est pour cette raison qu’il est préférable de se limiter soi-même.

— C’est un genre d’ascétisme alors, si je veux atteindre mon but, je dois m’imposer les limites dans lesquelles j’agis.

— Oui, c’est ça, alors que dans la réalité, toutes les possibilités sont ouvertes. C’est pour ça qu’un choix est nécessaire, tu ne peux pas avoir les deux, c’est soit finalité et closure comme disent les américains, soit réalité et ouverture. C’est une illusion de penser qu’on peut gérer les deux à la fois.

— Mais si j’essaie de penser la finalité, je n’ai rien à faire dans un programme de recherche universitaire, mon directeur me le disait il y a à peine une demi-heure. Le but de ma recherche, ses fins, ses conclusions sont tout ce à quoi je dois tendre, et toi aussi, c’est ce qui justifie notre rôle de doctorantes, c’est après tout l’accomplissement de notre programme de recherche, de notre contribution.

— Là, on a un problème.

Ray déposa sa serviette en papier tachée d’auréoles huileuses sur la fausse table de banquet, accompagnée du canapé qu’elle venait de choisir en discutant et tout juste touché des lèvres. Elle finit son verre, le déposa également sur la table, puis se tourna derechef vers Loïc.

— Dis, tu vas au repas de conférence ?

— Non, j’ai décidé de ne pas prendre part aux festivités, je n’ai rien à fêter.

— Moi non plus, je peux me passer des pompes et du discours professoral enivré. Le pub, ça te dis ?

— Une bière serait la bienvenue, le Three Judges ?

— Je vais chercher mes affaires et j’arrive.

La salle était devenue plus bruyante, les néons plus agressifs, les rires plus relâchés, chacun se félicitait de la journée, ici on envoyait des louanges à un collègue, là on encourageait un contributeur, le tout assurant à chacun l’importance de ses actions.

— Intéressante, ta contribution. Je n’ai pas tout compris mais tu as très certainement touché quelque chose du doigt. Après tout, nous autres historiens, nous sommes lents à intégrer certaines idées.

C’était un de ses collègues récemment diplômé de la faculté, un petit homme dégarni, grave, le teint grisâtre, il avait largement dépassé l’âge moyen des doctorants de sa promotion. Derrières ses lunettes à double foyer John questionnait Loïc du regard, non sans un timide embarras dont il ne savait se détacher. John tendait le plus souvent à prendre parti pour son interlocuteur afin de ne pas être pris à défaut, c’était pourquoi il s’effaçait de la conversation dés qu’une troisième personne s’immisçait. Un verre de vin rouge entre des doigts grassouillets piquetés d’épais poils noirs comme conduits de force au plus profond de ses phalanges. Leur vue était presque douloureuse.

John avait pour habitude de s’exprimer d’une voix plate et solennelle comme si toutes ses remarques avaient une signification bien plus pénétrante que ce qui pouvait être saisi à la surface du langage si bien qu’aucun partenaire de conversation ne se sentait jamais à la hauteur de son échange et se recroquevillait lui-même dans un sérieux qu’il ignorait être possible. Comme  il mesurait ses paroles avec soin et sondait une impossible précision, chaque phrase pouvait prendre un certain temps avant d’être conclue avec toute la satisfaction de son auteur.

— Tu crois ? Je ne pense pas que mon exposé ait beaucoup impressionné, c’est le moins qu’on puisse dire, un véritable flope.

— Je ne suis pas vraiment au fait avec le style d’histoire que tu essaies de construire… tu le sais, moi je suis de la vieille école… mais il me semble, tout du moins c’est une évaluation personnelle, que… et bien certains points vaudront l’effort d’être développés… bien que, une fois de plus, je n’ai pas tout compris.

— Vraiment ?

— Oui, vraiment. Au fait, tu savais que Jim Taylor a passé sa soutenance récemment ?

— Ah, très bien, il travaille en histoire de la médecine, c’est ça ?

— Oui. L’amiante.

— Très bien.

Les deux interlocuteurs se tournèrent vers la salle d’un mouvement de désengagement synchronisé. Qu’ajouter à cela ?  Loïc se balançait sur ses pieds avec impatience. Où était donc Ray ?

— Bon, je vais dire bonjour à Angela, tu m’excuseras… elle semble un peu esseulée. A toute à l’heure Loïc.

John rejoignit sa future proie, une thésarde discrète mais d’une grande efficacité dans son domaine, histoire des arts populaires. Loïc ressentait quelque chose de mal sain dans ces échanges de politesses, dans cette façon d’encourager l’autre pour être soi-même encouragé dans ses opinions sur la qualité, la pertinence ou l’originalité d’un travail, dans cette magnanime camaraderie imbue de supériorité, dans cette reconnaissance affectée par égard pour la sensibilité intellectuelle de l’autre.

Tout cela lui donnait des frissons. Toutes ces louanges d’autrui ou envers autrui sans aucun fond d’encouragement à se surpasser, cette maladie où la médiocrité de l’un était une aubaine de suffisance pour l’autre. Toute tentative de sincérité superflue, voire dangereuse. Il ne s’agissait pas de délimiter le champ d’activité dans lequel chacun pouvait agir, autrement dit, exprimer avec précision les conditions de ralliement à un cercle de chercheurs dont on pouvait espérer un avenir dans la hiérarchie académique, il s’agissait de le suspendre dans des cieux éthérés surplombant une terre plate. L’institution devait donner ses chances à tous ceux qui travaillaient durement, maintenir cette illusion était essentielle à son existence même.

Mais le travail décidait moins du ralliement à un cercle que de la lutte de fond où agressivité et magnanimité se suffisaient en un équilibre si précaire que seuls les meilleurs funambules avaient toutes leurs chances. Il fallait savoir flatter puisqu’à l’endroit des vertus académiques de l’un se déposaient les vertus de l’autre, surpassant en excellence celles dont on avait su reconnaître et louer par ailleurs. On brillait alors au somment de cette vertueuse pyramide qu’on avait aussi consciencieusement bâti en l’honneur de ses louanges. Dominer, c’était avant tout louer autrui pour ses vertus.

Ray réapparut enfin. Elle expliqua brièvement qu’il avait fallu qu’elle saluât sa directrice de thèse qu’elle appelait bizarrement par son prénom.

— John a dit qu’il avait apprécié mon papier.

— Ah bon ? Je l’ai entendu parler de son travail durant un récent séminaire. Il prétend faire de l’histoire culturelle mais tout ce que j’ai entendu était une histoire vieille école, structure-agent et compagnie. Il en a fait le tour avec sa thèse, maintenant il est à court d’idées alors il cherche. Mais il est de ceux qui ne comprennent que ce qu’ils savent déjà et qui n’abandonneront jamais l’histoire qu’ils connaissent.

— Où là, tu es remontée toi.

— On m’a récemment fait savoir que j’avais un problème : j’ai encore la foi. Quand j’ai répondu que j’étais agnostique en religion comme en histoire, on m’a répondu qu’il n’était pas utile d’être croyant pour avoir la foi. T’y comprends quelque chose toi ?

— Oui. C’est perturbant. Ça me semble être raisonnable par les temps qui courent. Mais pourquoi agnostique ? Pourquoi pas simplement athée ?

— Par ce que j’espère encore être convaincue.

— Définitivement perturbant. »

Pointant du doigt une montre bracelet imaginaire, Ray fit signe à Loïc qu’il était temps de s’éclipser pour de plus saines activités.

[Chapitre 8]

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